“Notre rustique, inaccessible, incomparable Certines”

La famille Quinet est établie depuis trois siècles en Bresse. Le jeune couple, Jérôme et Eugénie, réside à Bourg et passe ses vacances à Certines , dans la propriété familiale depuis le XVIè siècle. Edgar décrit cette demeure comme une « maison cachée comme un nid ».
En octobre 1805, Jérôme Quinet est mobilisé à la Grande Armée et participe à la campagne d’Austerlitz. Il est commissaire des guerres à l’armée du Rhin. Edgar a trois ans lorsque sa mère, qui s’ennuie à Bourg, décide de le rejoindre à Wéssel avec son amie Madeleine Husson. Elles partent avec l’enfant en passant par Paris. La promenade au jardin des plantes devient le premier grand souvenir de l’enfant. A Wéssel, ils logent au palais du prince de Prusse où ils cohabitent avec des cavaliers. C’est le premier bain de foule d’Edgar qui ne retient, à travers tous ces hommes en bel uniforme, que le bon côté de la guerre.
Lorsqu’il quitte les cavaliers d’Austerlitz et le grand palais pour vivre une tout autre existence à Certines, il s’adapte vite et estime être un enfant heureux partout. Il évoque ce village bressan comme « un des coins les plus retirés, les plus cachés qui fussent en France et peut-être en Europe ».
C’est dans cette commune que se forge l’essentiel de sa personnalité.
Il a une sensibilité à fleur de peau, à fleur de cœur. Chétif, il porte en lui une souffrance qui se délie au contact de la nature et des vicissitudes. Il est paysan avant tout. Il aime ce monde, ses singularités et ses brutalités auquel il s’identifie en se démarquant de sa famille.
Comme les mères de toute génération, sa mère protège sa progéniture en lui interdisant de dépasser certaines limites. Elle le fait avec amour et pour ce qu’elle croit être le bien de son enfant. Elle l’empêche d’aller explorer de nouveaux horizons. Une fièvre de déception prend le petit Edgar et Mme Quinet s’assouplit, succombant aux doléances de son fils. “Depuis ce jour-là, je menai exactement la vie d’un paysan. Avec ma petite faucille, je moissonnais dans mon sillon”. Ainsi respecté se révèle le véritable tempérament d’Edgar et c’est une authentique ouverture que de s’approcher de la nature et du peuple paysan. Près de lui il apprend l’humilité, l’équité, le courage, le chant des oiseaux et l’amour, y compris celui qu’il porte à ses bœufs dans lesquels il surprend de la douceur.
Issu de la famille Quinet, notables de Bourg, Edgar ne peut devenir agriculteur, mais comme lui ou pour lui rendre hommage, toute sa vie il s’acharnera au travail comme un laboureur. Dès lors, le labeur, la terre et ses hommes qu’il respecte alimentent ses pensées.

A travers les événements qui le marquent profondément et qu’il relate beaucoup plus tard en les analysant, un être tout de compassion et de service s’éveille. Enfant, il arbore des valeurs de lutte et de vaillance pour défendre ce en quoi il croit, non par certitude de pensée, mais par instinct. Il se reconnaît privilégié, gratifié d’une éducation que ses camarades de jeux n’ont pas. Son ambition est de soutenir les pauvres, les plus démunis que lui. Dès son jeune âge, il conteste la trop grande protection de sa mère et de son environnement bourgeois et se mêle à la population. Il se familiarise, non sans accès de douleur, avec la brute et brûlante réalité de l’existence, dut-elle parfois le confronter à des situations conflictuelles, notamment avec sa mère à qui il tente de s’opposer.
Un profond sens du devoir et du service le pousse à se surpasser et à vaincre. Est-ce son dévouement inné et la représentation qu’il a de la patrie, est-ce un sentiment d’utilité à servir quelque cause ou bien encore est-ce pour vivre des émotions fortes qu’il a, de par son éducation, l’habitude de refouler ?

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